LE SITE GEOGRAPHIQUE

La région est connue sous le terme de " Costières " de la langue d'oc Coustiera (Revers caillouteux dominant une plaine). Elle se présente actuellement comme une juxtaposition de plateaux où dominent les cailloutis, de collines aux formes ondulées, de côtes où affluent les formations de base (calcaire) et de dépressions dues, à l'exception de Jonquières, à un affaissement du socle (Redessan, Pazac, Campuget, Buffalon, Lignan)
La dépression de Jonquières est due au travail des eaux créant des " dolines "(Cuvettes fermées) qui en se recoupant et se confondant ont fini par provoquer un affaissement de la surface. Seules quelques buttes témoins calcaires, dont la colline que couronnait le vieux château de Jonquières, ont subsisté. Le Grand Valat, petit ruisseau passant dans la localité, traversant la " Palud " avant de retrouver le Gardon, serait à l'origine de cet état.
 Ce phénomène géologique, rarissime dans le Languedoc, confère son originalité à nôtre commune où l'alternance des sols suscite une grande variété de paysages :

  Plateau caillouteux du mas Rouge
  Collines ondulées du Mourre de Gayen
  Affleurement de la Garrigue au nord de la Tine
  Terres humides des dépressions et de la Palud

 Tous ces terroirs sont consacrés à la vigne, aux fruitiers, aux prairies, aux cultures maraîchères ou abandonnés à des formes de végétation dégradée.
 L'eau n'est pas rare. Elle est fournie en abondance par de nombreuses sources : Font de Tavie, Font Couverte, Fontanille, Font Redonne.
Le climat, de type méditerranéen,est caractérisé par une irrégularité des précipitations concentrant, notamment en automne, les chutes d'eau en quelques fortes averses, l'influence des fortes températures estivales sur la sécher
esse, la luminosité de la lumière quand règne le Mistral.



LE SITE HISTORIQUE

Primitivement couverte de forêts et riche en étendues aquatiques importantes (En 1847 la Palud s'étendait encore sur 131 Ha) la région attendait l'homme.
Son implantation se fait progressivement.
Les premiers signes se situent au Paléolithique :
  En bordure de la dépression de Campuget (à l'ouest de la gare de Jonquières) découverte de silex, de lamelles et burins (25000 à10000 ans avant Jésus Christ)
  Quartier des Lones (ouest de Saint Vincent), datant de la même époque, des silex taillés,des lamelles minces et en pointe, deux grattoirs de forme classique.
  En 1961, dans la grotte des Andrés au sud-ouest de Saint Roman, des silex, trois squelettes, des céramiques de l'âge de bronze pur sont découverts.

Dès le premier millénaire avant J-C :



Plusieurs peuples occupent le site :
Les Ligures
 
Les Ibères
(Venant d'Italie)
 
(Venant d'Espagne)
 
Les Celtes
 
 
(Venant d'Outre-rhin)
 
 

Donnent les
 
Celto Ligures
 
Celto Ibères
 
Vers 400 avant JC
 
 
Les Volkes Arécomiques
 

En 218, ceux-ci autoriseront le passage d'Hannibal Barca avec 59000 hommes, des milliers de cavaliers et 37 éléphants sur la voie Héracléenne qui deviendra quelque temps plus tard la voie Domitia.
En 121 av. JC, Cneus Domitius Ahenobarbus, consul romain, conquiert le pays Volke et en devient le premier gouverneur. Il facilitera les liaisons entre l'Italie et l'Espagne en remettant en état l'ancienne voie Héracleenne à laquelle il donnera son nom : Domitia.

Grâce à la " Pax Romana " le territoire de Jonquières devient un lieu de passage Est-ouest ainsi que vers le Nord par une pénétrante (actuel " chemin des limites et chemin des poissonniers limite entre Jonquières et Beaucaire).

A cette période l'habitât rural se développe comme en témoigne plusieurs sites. César installe, en 47 av. JC., les vétérans de la VI légion dans la région d'Arles. Ceux-ci apporteront avec eux leurs connaissances de la vigne et du vin. Les premiers cadastres seront établis pour favoriser ces installations.
Dès la fin de l'empire romain la région va retrouver une période de désordre durant laquelle les Wisigoths (peuple germain) envahiront la Provence.
Ils seront harcelés par les Francs, maître des Cévennes. Toutefois la région restera jusqu'au début du 8è siècle dans une paix relative.

En 711 les Arabes envahissent le sud de la Gaule, occupent notre midi et commettent des exactions. Jonquières perd à cette époque la plupart de ses exploitations. La via Domitia mal entretenue n'irrigue plus la zone et l'économie tourne au ralenti

Après des années de guerre les Francs, soutenus par le clergé local, prennent Nîmes, en 734, et mettent un terme à une longue période de désordre.

A cette époque Beaucaire et les territoires proches sont depuis longtemps déjà sous la dépendance d'Arles et Jonquières Saint Vincent va apparaître dans l'histoire pour la première fois en 825.



LA TERRE D'ARGENCE

En 825, une charte de Louis le Débonnaire fait état pour la première fois de la Terre d'Argence sous le nom de Ager Argenteus, Terra Argenciae, ou encore Territorium Argenciae. Ce terme argence est d'origine ligure dont la racine " arg " signifie " brillant ". Il serait dû à l'aspect particulier d'un feuillage croissant aux abords d'un hameau près de Bellegarde dont il ne reste que le mas d'Argence de nos jours. Cette charte nous apprend que ce territoire englobait des paroisses aujourd'hui disparues (St Paul, Bassargues, Clausonne) et celles toujours vivantes de Saujan, Fourques, Beaucaire, Comps, Meynes, St Vincent et Jonquières.

Ce territoire restera sous l'emprise spirituelle de l'archevêché d'Arles durant des siècles. Quant au pouvoir temporel, il fera l'objet de troc et de transfert entre de puissants seigneurs et l'église d'Arles. Nous citerons les comtes d'Arles, les comtes de Toulouse. En 1214 dépossédant le comte de Toulouse, Raymond VI, l'archevêque d'Arles Michel de Mouriez offrit à Simon de Montfort pour sa victoire dans la guerre des Albigeois l'Argence et avec, notamment le château de Jonquières authentifié pour la première fois sous le nom de Castrum Jonquieris.
En avril 1229 le comte de Toulouse, Raymond VII ayant récupéré l'Argence signa le traité de Paris qui confirmait l'annexion au domaine royal. La terre d'Argence devenait française.
Toutefois l'esprit provençal allait se maintenir, indépendamment des fluctuations de l'histoire .Au début du siècle les dames arboraient encore leur costume provençal. Il est vrai que la limite communale entre Jonquières et Redessan constitue une véritable frontière linguistique. En deçà on parle le provençal, en delà on utilise le patois languedocien.
Cette terre vit toujours, la communauté de communes Beaucaire Terre d'Argence en est la preuve. Certes il n'y a plus de comtes ni de consuls, mais il a des représentants élus des communes de Beaucaire, Bellegarde, Fourques, Jonquières Saint Vincent et Vallabrègues qui ont relevé le défi.



DU MOYEN AGE A LA REVOLUTION

Les traces du passé médiéval de notre pays sont rares. Nous savons qu'il y avait le " castrum Junqueriae " dont l'enceinte ovoïde était flanquée, à l'intérieur, d'une haute tour. Les habitants venaient s'y réfugier. " Le chemin des Romains ", jadis source de richesse, était " emprunté par des brigands ".
Trois communautés se groupaient autour de leur église.
  Saint -Michel à Jonquières (XIIIème siècle)
  Saint Vincent de Cannois pour Saint-Vincent (XI /XIIème)
  Saint-Laurent seul vestige du hameau du même nom (XIIè-classée monument historique)
C'est en 1311 qu'apparaît Guillaume de Nogaret comme seigneur du Château de Jonquières, du village de Saint-Vincent et de la paroisse de Saint-Laurent. Quant au nombre d'habitants ?
Les guerres de religion ont eu peu de résonance sur notre territoire. Peu de Jonquiérois firent le pas. Il y a pourtant un " cimetière des protestants " près de la voie romaine. Pourquoi ?
Dans les années 80 un allemand, de passage au mas St Paul des Romains, a déclaré que sa famille d'origine française avait dû quitter Jonquières après la révocation de 1685.
Jusqu'à la Révolution les localités ont été gérées progressivement par des consuls. Le conseil général élu pour deux ans se tenait soit dans l'église soit dans la cure, parfois on trouvait refuge dans " la chambre servant d'école ", voire au domicile d'un membre du conseil. Pour tenir une réunion, il fallait demander l'autorisation au suzerain (les " Calvisson " particulièrement).

Durant cette période apparaissent les grandes propriétés telles :
  Le Grand Mas détruit en 1953
  Un château sur l'emplacement de la cave coopérative détruit au XIXè, appartenant à la famille de Cabrières,
  La Roustide
  Le mas de Boissières.
Toute l'activité économique tourne autour de l'élevage, des céréales, de l'olivier et bien sûr de la vigne qui représente le quart des productions du territoire. Elle est déjà, depuis longtemps, de qualité reconnue (en 1590, Olivier de Serres, dans son théâtre de l'agriculture, en fait mention). Toutefois le terrible hiver de 1709 va entraîner une replantation désordonnée favorisant une surproduction de vins de moins bonne qualité et déclenchant, ainsi, la mévente.

Le poids des contraintes imposé par les seigneurs, le clergé et le roi est important. L'ensemble des impôts divers " la mende des impositions " est fixé par ces " messieurs de l'assiette " au diocèse civil, ancêtre de nos préfectures, et réparti entre les communes.
D'une manière générale tout est réglementé. Par exemple, la vendange ne peut commencer qu'à la date fixée par le " ban des vendanges " et seulement après avis des prud'hommes chargés par le consul de surveiller la maturité des raisins. Il est, aussi, interdit aux habitants de Jonquières de faire des réjouissances sans l'autorisation de la dite de Calvisson, sous peine d'amende. Les chiens doivent être attachés et les volailles enfermées de l'Assomption au dernier jour des vendanges sinon amende ou abattage………
Malgré toutes les contraintes la vie s'écoule dans nos deux communautés. Les consuls s'emploient à gérer le devenir de chacun des habitants dont le nombre reste fluctuant. Nous ne connaissons, avec précision, que les résultats du recensement de 1794, qui vaut pour les dernières années de l'ancien régime, soit : 550 habitants pour Jonquières et 150 pour Saint Vincent. Ce sont ces consuls qui, par exemple, veillent à l'éducation en nommant ou en révoquant le maître d'école.
Autre exemple, le 12 avril 1784, les consuls, Henry Agier et François Gibelin, conscient de l'éloignement des sources et de la rareté des puits, lancent au conseil le projet d'une fontaine indispensable notamment en été où " les chaleurs excessives permettent à peine de respirer " et où la menace d'incendies est permanente (déjà). Cette fontaine, alimentant un bassin à Saint Vincent et un à Jonquières, est inaugurée le 11 novembre 1785.



Mais les temps vont changer !!


De 1789 A NOS JOURS


Pas de violence particulière ni de grand charivari à Jonquières sous la Révolution, Le Directoire, L'Empire et la Restauration. Les consuls font place, suite au décret du 14/12/1789, au maire, aux officiers municipaux et au conseil communal. Durant cette période de grand changement la vie va évoluer et le nombre d'habitants se modifier pour de 761 en 1806 atteindre le chiffre de 1888 en 1886. Voici quelques dates et événements marquants :
  1790- Jonquières et Saint Vincent devient commune du district de Beaucaire. Pierre Laurent Agier est élu maire.
  25 mars 1791- décision de louer une maison à Jean Baptiste Talagrand pour loger l'école et la maison de ville. C'est la première mairie de la commune et le restera pratiquement jusqu'en 1903. Cet édifice existe encore au 11 rue de la République.
  13-11-1791- Jean Louis Malbos est élu maire.
  1793- c'est au tour de François Subey.
  9/11/1794- jugé " trop tiède " par le directoire du district de Beaucaire il est remplacé d'office par Jean Recoulin
  1794 est une année rude pour le clergé à qui il est interdit de pratiquer. Les cloches de l'église sont descendues et envoyées à Nîmes
  05/05/1794- Saint Vincent prend le nom de Vincent du Gard et la commune celui de Jonquières et Vincent du Gard. Provisoirement le presbytère devient la maison commune et le logement de l'instituteur.
  Du 12/10/1795 au 17/02/1800 pas de maire à Jonquières. IL n'y a plus qu'un " agent municipal " qui se rend à la municipalité cantonale de Beaucaire. Jean Baptiste Talagrand et Antoine Subey se succèdent à ce poste.
  17/02/1800- retour de toutes les activités dans la commune, J.B Talagrand devient maire.
  02/1801- restitution des cloches nécessaires pour " timbre de l'horloge de la commune et donner le tocsin dans les cas requis. "
  1801- partage de la " palum " en 188 parts sur le produit mais pas sur le foncier.
  1803-1806- maire : François Quiot.
  1806/1812- c'est au tour de Balthazar Blanchut.
  1812/1815- gestion d'Etienne Ratye.
  06/06/1814- revenant de Paris, après sa détention sur ordre de Napoléon 1er, le Pape PIE VII s'arrête à Saint Vincent dans une des auberges et y prend une collation avant de continuer sa route vers Rome. On garde dans l'église le fauteuil dans lequel il s'assit et un médaillon commémoratif frappé à son effigie.
  1815/1819- J.B Talagrand est réélu maire.
  1819-1830- la mairie est dirigée par Jean Pierre Chirol.
  1830/1841- Jean Faucher préside aux destinées de la commune.
  1839- un projet prévoit l'agencement de l'immeuble Talagrand, où sont toujours la mairie et l'école, pour le transformer en " maison d'école primaire des deux sexes avec logement de l'instituteur, de l'institutrice et de la mairie.
  1839- la fontaine de la place est reconstruite. En 1863 un abreuvoir sera aménagé.
  1839- consultée sur l'emplacement d'une gare sur la ligne reliant La Grand Combe à Beaucaire, la commune se rallie au projet de la compagnie du Gard. Cette gare de " Bellegarde " sera inaugurée le 15 juillet 1839. Elle sera reconstruite en 1870 et prendra le nom de " Jonquières Saint Vincent le 23 juillet 1904.
  1840- les Habitants de Saint Vincent veulent ériger leur hameau en commune et font une demande de sécession auprès du préfet qui classe le dossier.
  1841/1852 - le maire est André Recoulin.
  28/08/1845- constitution de l'association syndicale des marais de Jonquières pour exécuter le dessèchement de la Palud afin d'obéir à des soucis " de salubrité publique " et d'augmenter les surfaces cultivables. Les travaux sont terminés en 1853.
  1844/1846- l'église Saint Michel est reconstruite. Elle est consacrée en 1846 par l'évêque François Cart.
  1851- les 1032 hectares de vignes sont touchés par le mildiou.
  1852/1870- Alphonse Faucher est élu maire.
  1863 - La reconstruction de l'église Saint Vincent est effectuée. Elle est bénie par l'évêque Henri Plantier en août 1865.
  1863- le vignoble est touché par le phylloxéra. Cela entraîne une chute de 80% de la production et l'émigration des jonquiérois vers la plaine de Beaucaire. En 10 ans la population passe de 1888 habitants à 1678.
  1866- Alphonse Daudet s'installe au mas Saint Laurent où il écrira " Le Petit Chose ", " les trois messes basses et " les deux auberges "
  1870/1871- élection de François Bex.
  1871/1874- deuxième mandat d'Alphonse Faucher.
  1874/1879- arrivée comme maire d'Edouard Talagrand.
  1874- la municipalité décide la construction d'une nouvelle école de garçons. Cette école, actuellement école Font Couverte, accueillera les premiers instituteurs laïques.
  1879/1885- retour d'Alphonse Faucher à la mairie.
  13 février 1881-adoption du principe de l'instruction gratuite par le conseil.
  28 MARS 1882 -institution de l'enseignement scolaire obligatoire et promulgation de la neutralité confessionnelle.
  1885/1888- Honoré Agniel obtient le siège de maire.
  1888/1904- Théophile Michel prend ses fonctions de maire. Il fera, entre autre, construire une nouvelle école de garçons suite à l'augmentation du nombre des élèves des deux sexes. Il achète, en sa qualité de maire, deux parcelles de terrain et le projet est mené à terme en septembre 1892. Les garçons sont installés dans la nouvelle école, actuellement école Mistral, et les filles peuvent disposer de celle de la rue de l'église. Mais sa grande ambition est la construction d'une mairie accompagnée d'une fontaine monumentale remplaçant celle de 1839. L'architecte nîmois AUGIERE mène ce projet à terme et le 30 août 1903 l'actuelle mairie est inaugurée par Gaston DOUMERGUE, député du Gard et ministre des colonies.
  01 juillet 1909 - l' éclairage public par l'électricité est inauguré.
  1923 - une cave coopérative est installée au cœur du hameau de St Vincent.
  1928 - le goudronnage du "grand chemin" est réalisé.
  1933 - le téléphone est installé à la mairie.
  1934 - construction du marché aux raisins couvert, agrandi en 1938 (100mx19 m).
  18 mars 1954 - le conseil décide de donner un nom à chacune des 48 rues du village.
  29 août 1960 - la commune est officiellement enregistrée sous le nom de "Jonquières St Vincent" et non plus "Jonquières et St Vincent".
  01 mars 1971 - le tout-à-l'égout est mis en œuvre.
  27 février 1982 - le Centre Socio-Culturel (CSC) est inauguré.
  1988 - une nouvelle école maternelle est construite (4 classes, construction d'une cinquième classe en 1993).
2003 - rénovation et fête du centenaire de la mairie.